vendredi 25 septembre 2009

QUELQUE CHOSE EN LUI DE BARTLEBY




Arnold Spitzweg est employé de la Poste. Célibataire, il déambule dans Paris et son regard s'attarde sur les petits riens du quotidien ou les ambiances des lieus qu'il fréquente. Il vit un peu en décalage avec son temps, cette époque où tout va si vite, mais sacrifie quand même à quelques uns de ses travers. La preuve, il se met à tenir un blog! Il s'agit du blog d'un flâneur, d'un épicurien du quotidien au nom évocateur: antiaction.com.


Et voilà que ce blog attire des milliers d'internautes, et que l'on finit même par parler de lui sur les ondes... et qu'il retrouve une amie d'enfance qui a retrouvé sa trace via son blog et avec qui il passe une soirée, et enfin,qu'un éditeur lui propose la publication de son blog, non parce qu'il le trouve bien écrit, mais parce qu'il "représente quelque chose, un courant qui doit s'exprimer"...


Philippe Delerm réussit dans ce court roman - à peine 150 pages - à nous faire réfléchir sur ce à quoi nous attachons de l'importance dans notre vie. Il existe parfois des choses simples, parfois juste dans notre tête, qui peuvent peut-être nous suffire...


Autre grande réflexion du roman, ce que nous offrons de notre vie privée en pâture au monde, via Internet, par exemple. Ces blogs (oups!) où des milliers de gens déversent leur vie sans fard à des milliers d'autres inconnus, voyeurs du siècle des technologies et de l'ultra vitesse.


Un début de roman très enlevé avec des dialogues entre collègues.
Un milieu empli de flâneries dans Paris et de réflexions diverses.
Une fin également plus dynamique où l'on retrouve des dialogues.

Ma note: B

jeudi 24 septembre 2009

ORDALIE




ORDALIE, le nouveau roman de Cécile Ladjali est librement inspiré des relations de Ingeborg Bachmann et de Paul Ceylan. Le texte est saupoudré de leurs oeuvres.
Ici, c'est de Ilse et de Lenz dont il s'agit. Nous voyons la lettrée autrichienne et le poète juif à travers le regard de Zak, cousin fictif d'Ilse, orphelin recueilli par les parents de celle-ci après la guerre; il est nostalgique des jeunesses hitlériennes auxquelles il a appartenu, mais surtout il est amoureux fou de sa cousine, laquelle n'a et n'aura sa vie durant que Lenz dans son coeur.

Lenz partira pour Paris, se mariera avec Blanche, aura un enfant. Ilse sera la maîtresse de Hans puis de Klaus, mais restera finalement fidèle à Lenz.
Entre Ilse et Lenz se tisse la passion de la création, la poésie, la philosophie. Lettres, conversations téléphoniques, confessions que Zak pendant 197 pages nous fait partager.

Le style est très littéraire. Je trouve qu'il manque cependant d'emportement. Zak semble froid, détaché, ce qui ne va pas très bien dans cette histoire sentimentale et génère vite une lassitude.

Ma note: C

samedi 19 septembre 2009

UN ROMAN FRANCAIS




Les critiques sont unanimes en cette rentrée littéraire sur le nouveau roman de Frédéric Beigbeder. Cette autobiographie prend sa source un soir de janvier 2008, lorsqu'il est arrêté sur la voie publique pour usage de stupéfiants. Deux nuits passées dans des geôles françaises le mettent en présence de lui-même et d'un passé qu'il s'est jusqu'alors refusé à affronter. Mais ce passé quel est-il? D'emblée, il avoue n'avoir aucun souvenir de ce que furent ses années d'enfance. Mais au fure et à mesure que dure sa détention, des souvenirs reviennent: son grand-père, la plage de Cénitz à Guéthary, son attachement au pays basque, ses rougissements, sa collection de gadgets de Pif, son grand frère aux désirs de vainqueurs, etc...


Un point sur sa généalogie montre qu'il vient d'une bourgeoisie très aisée. Ses parents se rencontrent sur la côte basque car leurs villas familiales respectives sont voisines. Hélas, le divorce des parents est plus difficile à vivre qu'il n'y paraît pour le jeune Frédéric. Entre un frère plein de fougue et d'ambition, une mère qui travaille à traduire des romans Harlequin pour s'assurer que ses 2 fils ne manquent de rien, un père qu'il ne voit que quelques week-ends par mois entouré d'amis clinquants entre deux cocktails, difficile de trouver sa place. L'écriture, très tôt, devient l'évidence de la construction de soi. Pendant son enfermement, une autre évidence apparaît, celle de se réapproprier son passé, en l'écrivant, naturellement...




Très beau texte, intime, tout en restant pudique. 43 ch plus l'épilogue sur 280 pages de belle analyse d'une famille française vue par le prisme de l'enfant qu'à 42 ans l'auteur redevient un peu pour rééecrire son histoire. Son meilleur livre.


Quelques coups de gueule (par exemple, p219 lorsqu'il traite le dépôt de "POURISSOIR D'HUMAINS au centre de Paris" ou p220:"Chers lecteurs français, des personnes présumées innocentes sont TOUS LES JOURS déférées dans ce cloaque réfrigéré et putride AU PAYS DES DROITS DE L'HOMME.")

Ma note: A


jeudi 17 septembre 2009

THRILLER




Le nouveau Iegor Gran vient de paraître et c'est un bon cru! Thriller, un titre alléchant qui tient toutes ses promesses: nous tenir en haleine jusqu'à la fin, car il y a meurtre, mes amis, et nous faire rire ou du moins sourire à chaque page - et il y en a 220!


Le talent de Iegor Gran consiste à nous emmener dans une histoire où le meurtre n'est à la base que pure supercherie de journaliste... Mais un nouveau personnage apparaît dans le récit, mystérieux psychopathe qui brouille les pistes de ce qui semblait être une plaisanterie entre universitaires sur le retour.


La structure:

Les personnages ont tour à tour droit à leur vision des choses, ce qui nous montre quelques beaux quiproquos à la manière d'un vaudeville.

Les personnages principaux sont au nombre de 6:

- Norman: professeur d'économie à l'université de Berkeley (!)
-Suzanne: femme de Norman
-Le doyen Lorch: doyen de Berkeley
Là, on a la structure femme, mari, amant.
-Lafayette: ami de Norman, photographe
- Syd: le fils de Norman et de Suzanne, ado branché en informatique
- Le psychopathe



Le roman se compose de 3 grandes parties plus l'épilogue :

I- L'histoire du portefeuille volé
II - Le crime du terrain vague
III - L'homme à la webcam
Epilogue

Tout commence lors d'un dîner entre amis, lorsque Lafayette raconte comment Norman a dérobé à un sans-logis son portefeuille, ce que Norman nie farouchement...
S'en suit une histoire d'adultère, un article de presse bidon relatant un faux crime, un vrai meurtre, des ébats sexuels sur la toile, et beaucoup d'ironie! Tout ceci ne se prend pas très au sérieux mais il y a une facilité d'écriture déconcertante et jubilatoire qui fait que le texte tient la route. Iegor Gran s'amuse et nous avec lui. Le style est moderne, très enlevé, détournant la prose universitaire pour notre plus grand bonheur. Une réussite totale, car en plus, il y a un certain suspens...
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Pour donner le ton du roman, Norman, parlant de Lafayette page 15:
Bizarrement, on a sympathisé malgré nos différences d'opinion. Je le respecte pour son franc-parler - et j'admire ma tolérance.
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***Ma note: A
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Je recommande de Iegor Gran:
- Le Truoc-Nog publié en 2003 chez P.O.L
-O.N.G! Grand prix de l'humour noir et Prix Rive Droite/ Rive Gauche-Paris Première, 2003 toujours chez P.O.L

mercredi 16 septembre 2009

LA PATIENCE DE MAURICETTE




Lucien Suel a travaillé son sujet: pour écrire son livre, il a passé 6 mois au sein de l'unité psychiatrique d'Armentières. Le résultat, 230 pages où Mauricette, l'héroïne, se laisse découvrir via son journal, qu'elle est invitée à tenir par la psychologue du service, mais aussi via ses amis Christophe et Alfonsina, ainsi que le personnel soignant. On remonte sa vie pas forcément chronologiquement jusqu'à un événement qui a sans doute joué le rôle de déclencheur de ses problèmes mentaux, événement qui remonte à l'enfance.

Structure:
Le journal de Mauricette donne un tempo à l'ensemble du texte entre les récits plus plats qui viennent de l'extérieur. Le journal est un point d'orgue. Son style est torturé, matérialisant la douleur. Il faut prendre son temps pour le lire, se laisser porter par les mots, la syncope, les consonances, les assonances, les enchaînements et autres effets. Au début du roman, très confus, le journal devient de plus en plus compréhensible à mesure qu'en parallèle nous sont donnés des éléments de la vie de Mauricette, mais aussi parce que s'opère une accalmie... Une poésie s'installe alors.

Ma note: C (car je ne suis pas rentrée dans l'histoire malgré de beaux passages et un sujet méritant que l'on s'y attarde)

YANVALOU POUR CHARLIE




Yanvalou pour Charlie est un roman sur l'identité. Il y a Charlie, qui donne le titre au roman, adolescent pauvre et campagnard et il y a Mathurin dont la vie si bien cadrée dans sa réussite sociale se trouvera bousculée par l'irruption de Charlie. Questionnement, jeu de miroir. Mathurin comprend si bien ce jeune homme qui déboule dans le cabinet d'avocats où il travaille qu'il lui semble l'entendre parler alors que celui-ci ne prend que des postures, des airs. Mais ces postures, ces airs, ce sont ceux d'une vie antérieure, une vie gommée, une vie de misère, Mathurin ne le sait que trop. Il va devoir se confronter à des démons que la grande ville et un travail acharné et sans état-d'âme a tenu éloignés de lui.


Lionel Trouillot traite le sujet en "divisant" le livre en 4 parties. Chaque partie fait parler un personnage.


1- Dieutor (ou Mathurin, l'avocat -"Dieutor" faisant trop terroir pour son nouveau statut social-)


2- Charlie, l'adolescent pauvre.


3- Nathanaël, le bon copain qui tourne mal.


4- Anne, l'amie de toujours de Dieutor, qui croit en l'homme et veut soulager les humbles en les éduquant.
Chaque récit fait écho aux 3 autres. Destins mêlés des petites gens, des faiblesses humaines universelles.
Cela se termine mal pour l'un de nos deux héros, tandis que pour l'autre arrive une rédemption. Ce n'est peut-être pas un hasard si le dernier volet est féminin. La rédemption passerait-elle donc par la femme?
On ouvre ce livre et l'on se laisse prendre par le style alerte et propre à chaque personnage. On apprend sur l'ordinaire des orphelins en Haïti, de ceux qui sont recueillis dans des structures bon an mal an. On apprend sur nous, car, comme le héros qui part en quête, on ne peut s'empêcher de se tourner vers son passé. Un livre hypnotique.

Après avoir refermé ce roman, des questions surgissent en nous.

D'où venons-nous? Qui sommes-nous? Quel est notre héritage? Qu'en faisons-nous? Sommes-nous fiers de nos racines ou au contraire, cherchons-nous à les cacher? Voulons-nous les transmettre, les faire vivre, fructifier? Le passé est-il un frein ou un moteur? Confrontons nos expériences à celles de nos proches et voyons ce qui en sort... Un livre qui peut être un bon point de départ pour les soirées d'hiver qui s'annoncent.


Ma note: A

Et que le vaste monde poursuive sa course folle





Tentée par les critiques de Lire et son supplément sur la rentrée littéraire, c'est avec ce livre que j'entame septembre. Ce livre, lui-même découpé en 4 livres par son auteur Colum Mc Cann, nous donne un aperçu d'un New-York vu par
- Corrigan, prêtre qui tombe amoureux d'Adelita, latino, veuve et mère de deux enfants
-deux prostituées, Tilly la mère et Jazzlyn la fille
- Claire la femme d'un juge vivant à Park Avenue dont le fils est mort au Vietnam
- Gloria, la femme noire des quartiers modestes dont le fils a subi le même sort
Surviennent Lara et Blaine qui provoquent un accident qui va chambouler ce petit monde; et par-dessus tout ça, flotte l'ombre d'un funambule qui a tendu son filin entre les deux tours jumelles, et qui n'en finit pas de pirouetter dans cette histoire...

430 pages où s'entrecoisent les destins de personnages attachants. Le style est fouillé et néanmoins assez fluide, différencié, reflétant le caractère de chaque personnage, son milieu d'origine, son environnement. Une bonne mise en perspective des destins mêlés avec de temps en temps des questions existentielles ou des réflexions bien senties.

ex p 419: La seule chose qui valait une larme, ce sont toutes ces beautés que la vie peut offrir, et dont le monde n'a pas les moyens.

ex p 419: ... si les gens ont décidé de l'endroit où ils seront enterrés, c'est qu'ils savent d'où ils viennent.

Ma note: B